Dorure à la feuille ou peinture dorée ? Remettons l’église au centre du village

Publié le
Par Sonia

Il y a des expressions qui me font sourire dans le monde de la brocante.

Parmi elles, une revient régulièrement sur les réseaux sociaux : « magnifique miroir doré à la feuille ».

Alors bien sûr, parfois c’est vrai.

Mais parfois aussi, il s’agit d’un miroir des années 60 ou 70, moulé en résine, recouvert d’une peinture dorée industrielle, et là… comment dire… cela me fait doucement rire.

Soyons honnêtes : ce n’est pas parce qu’un objet est doré qu’il est doré à la feuille.

Remettons donc l’église au centre du village.

Qu’est-ce que la véritable dorure à la feuille ?

La dorure à la feuille est un savoir-faire ancien et exigeant.

Le principe consiste à appliquer de très fines feuilles d’or sur une préparation spécifique réalisée sur le bois ou le plâtre.

Pendant des siècles, cette technique a été utilisée pour :

  • les cadres anciens
  • les miroirs anciens
  • les boiseries
  • les consoles
  • le mobilier d’apparat
  • les objets religieux.

Nous sommes ici dans l’artisanat d’art.

Une véritable dorure à la feuille demande du temps, de la technique et une main expérimentée.

Le résultat possède une profondeur, une lumière et des nuances que les peintures industrielles peinent à reproduire.

Lorsqu’on observe une ancienne dorure à la feuille, on découvre souvent des usures élégantes, des zones plus mates, d’autres plus lumineuses. Le temps y laisse sa signature avec beaucoup de poésie.

Les miroirs des années 60 et 70 : un autre univers

Dans les années 60 et surtout 70, on assiste à un véritable retour des styles Louis XV et rococo les fabricants s’inspirent alors largement du mobilier ancien.

Apparaissent de nombreux miroirs aux formes mouvementées :

  • coquilles
  • volutes
  • feuilles d’acanthe
  • décors fleuris
  • bref du style rococo .

Ces miroirs ont beaucoup de charme je le dis sans hésiter.

J’en ai vendu et j’en vendrai encore mais il faut appeler un chat un chat.

La plupart de ces productions sont réalisées en résine, en matériaux composites ou en moulages industriels.

La finition est généralement obtenue grâce à des peintures dorées, des patines ou des vernis métallisés.

Ce n’est pas de la dorure à la feuille. et cela ne retire absolument rien à leur intérêt décoratif.

Mais ce n’est pas la même technique et surtout, ce n’est pas le même marché et encore moins le même tarif.

Pourquoi cette nuance est-elle importante ?

Parce qu’elle a une incidence directe sur la valeur de l’objet.

Comparer un miroir industriel des années 70 à un miroir ancien doré à la feuille revient un peu à comparer une belle reproduction de tableau avec une œuvre d’époque.

Les deux peuvent être séduisants et peuvent trouver leur place dans une décoration mais ils ne racontent pas la même histoire.

Ils n’ont pas été fabriqués avec les mêmes moyens ne présentent pas la même rareté ne nécessitent pas le même travail.

Et naturellement, ils n’atteignent pas les mêmes prix.

Le charme n’est pas toujours là où l’on croit

Je tiens toutefois à apporter une nuance importante.

Un miroir des années 70 n’a pas besoin d’être doré à la feuille pour être désirable.

Certains possèdent une présence décorative intéressante

Ils apportent de la lumière, du relief et une touche délicieusement rétro dans un intérieur leur succès depuis plusieurs années le prouve largement.

L’erreur n’est donc pas d’aimer ces objets , l’erreur est de vouloir les faire passer pour ce qu’ils ne sont pas.

Une jolie peinture dorée industrielle peut faire son effet sur un mur, une véritable dorure à la feuille peut être magnifique.

Les deux ont leur place simplement, elles n’appartiennent pas au même univers.

Apprendre à regarder autrement

Avec le temps, l’œil apprend à distinguer les matières, les techniques et les époques.

On observe les reliefs, les usures, les assemblages, les finitions les détails racontent souvent davantage que les mots.

C’est ce qui rend la brocante passionnante.

Derrière chaque objet se cache une histoire, mais encore faut-il lui attribuer la bonne.

Mon avis de brocanteuse

Pour ma part, j’ai toujours eu une tendresse particulière pour les dorures anciennes d’origine.

J’aime leurs imperfections jaime leurs usures délicates.

J’aime cette lumière douce que seul le temps semble savoir créer une ancienne dorure n’est jamais parfaitement uniforme , laisse parfois transparaitre son assiette , le fond de couleur souvent rouge …et c’est précisément ce qui fait son charme.

Cela ne signifie pas qu’un miroir des années 70 ne mérite pas sa place dans une maison.

Bien au contraire mais lorsque l’on parle de dorure à la feuille, parlons de véritable dorure à la feuille.

Les objets anciens ont déjà suffisamment de beauté pour que nous n’ayons pas besoin de leur inventer une histoire plus brillante que la réalité.

Bonne chine.

Sonia

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