Restez dans la boucle




Le mois de mai est sans doute l’un des plus beaux mois de l’année pour une brocanteuse. Les jours rallongent, les réveils raccourcissent, les kilomètres défilent et les cafés avalés à l’aube deviennent une unité de mesure parfaitement acceptable. Pendant que certains profitent des ponts pour se reposer, d’autres les utilisent pour traverser la France avec un camion vide en espérant le ramener plein.
Pour ma part, ce mois de mai a commencé à Limoges.
Les Puces de la Cité à Limoges, au pied d’une cathédrale remarquable
Les Puces de la Cité sont devenues un rendez-vous incontournable pour les amateurs de brocante. Le cadre y est absolument superbe. Installée au pied de la cathédrale Saint-Étienne, dans les jardins de l’Évêché, la manifestation bénéficie d’un décor qui n’a rien à envier à certaines cathédrales bien plus célèbres. Les visiteurs parlent souvent de Chartres ou de Bourges Limoges mérite largement le détour.
L’organisation y est impeccable, l’ambiance chaleureuse et l’on sent immédiatement que l’événement est porté par des passionnés.
J’y ai observé une tendance désormais omniprésente : le vintage. Il est partout occupe les stands, les conversations et parfois même l’intégralité des allées. Ce n’est pas nécessairement l’univers qui me touche le plus chacun ses goûts j’ai toujours eu davantage d’affinités avec les objets qui ont connu plusieurs générations que ceux qui racontent les années Pompidou ou Giscard.
Pour autant, il serait injuste de nier la qualité de certaines marchandises présentées. J’y ai découvert de très belles pièces, notamment de la jolie vaisselle, avec une place naturellement prépondérante accordée à la porcelaine de Limoges.
Et puis, il ne faudrait pas oublier les émaux de Limoges.
Lorsque l’on évoque la ville, on pense immédiatement à la porcelaine Pourtant, Limoges possède également une longue tradition liée aux émaux, dont certains exemplaires sont de véritables merveilles.
J’ai longuement hésité devant une petite lampe qui avait beaucoup de charme elle est restée sur son stand en revanche, un magnifique paravent a immédiatement capté mon regard. a mon arrivée à 6 heures 30 Certains objets vous choisissent avant même que vous ayez commencé à réfléchir celui-ci faisait partie de cette catégorie à sept heures du matin, il avait déjà gagné la partie.
Comme toujours, mon conseil reste le même : arrivez tôt très tôt même les meilleures pièces n’attendent personne et certainement pas les amateurs de grasse matinée.
Chinon, entre la Vienne, l’histoire et quelques gouttes de pluie
Direction ensuite Chinon.
Pour les amoureux de la Touraine, Chinon est une évidence la ville se déploie au bord de la Vienne, entourée de vignobles réputés et dominée par sa forteresse. Ici, l’histoire est partout.
Une petite parenthèse pour les amateurs de récits anciens : c’est à Chinon que se croisent les destins de Richard Cœur de Lion et d’Aliénor d’Aquitaine et oui les pierres ont parfois davantage de mémoire que les hommes.
La pluie s’est invitée dès la mi-journée et les parapluies ont progressivement remplacé les paniers de chine j’ai donc concentré mes recherches avant midi.
À Chinon, je retrouve toujours des visages familiers dans notre métier, les kilomètres sont nombreux mais les rencontres reviennent souvent. Nous nous croisons à Chambord, à Tours, à Vanves, au Mans ou à Chinon je vois parfois certains confrères davantage que certains membres de ma propre famille.
A chinon la marchandise y est toujours intéressante et relativement variée je repars rarement bredouille.
Cette fois, un très joli tableau représentant des oiseaux a retenu toute mon attention une acquisition modeste, certes, mais parfois une seule pièce suffit à illuminer une journée de chine.
Et puisque nous sommes à Chinon, autant rendre hommage à une adresse que j’apprécie particulièrement : l’Hôtel de la Treille une jolie terrasse, un accueil sympathique et un plat du jour renouvelé à chaque brocante. Une halte appréciable lorsque le temps permet de ralentir un peu.
Le Mans, là où les professionnels jouent gros avant dix heures
Puis vint Le Mans comment parler du mois de mai sans évoquer ce rendez-vous mythique réservé aux professionnels ?
Le déballage du Mans est une planète à part entière entre cinq cents et mille exposants, des kilomètres d’allées, des camions ouverts à perte de vue et une activité qui débute au galop des 8 heures au Mans, les jeux sont souvent faits entre huit heures et dix heures.
La marchandise change parfois de propriétaire plusieurs fois dans la même matinée. On négocie, on charge, on transporte les brouettes circulent dans tous les sens des couvertures sont étalées au sol ,les camions se remplissent certains repartent déjà quand d’autres arrivent encore.
L’ambiance est unique.
C’est un rendez-vous où il faut venir l’esprit libre chercher précisément quelque chose est souvent le meilleur moyen de ne pas le trouver.
Cette fois ci j’ai chiner un superbe miroir de Murano dans une teinte blanche opalescent relativement rare j’ai également récupéré une magnifique armoire anglaise ainsi qu’une étagère Art nouveau que j’avais repérée à Chambord quelques semaines plus tôt.
Car dans notre métier, les objets voyagent autant que les brocanteur et les brocanteurs se suivent beaucoup.
Le Mans est également synonyme de fatigue une fatigue heureuse, certes, mais bien réelle, le déballage c’est quinze mille pas à chaque heure et les chargements successifs … Ca transforment rapidement la matinée en séance de sport
Ajoutez à cela une pluie tenace et vous obtenez une édition particulièrement physique mais personne ne semblait décidé à renoncer surtout pas moi.
Je suis reparti, cette fois ci le camion plein et quelques rêves dans les yeux et des idées pour une prochaine fois.
Amboise, sous les platanes et au bord de la Loire
Après Chambord, Amboise constitue toujours un rendez-vous attendu à faible intervalle.
Les années se suivent sans toujours se ressembler certaines éditions sont exceptionnelles, d’autres plus modestes pourtant, je continue d’y revenir avec plaisir le cadre y est pour beaucoup.
Les grands platanes centenaires, la Loire toute proche et cette lumière particulière que l’on trouve parfois en Touraine donnent à l’événement un charme indéniable les particuliers occupent une partie du site tandis que les professionnels se regroupent de leur côté une organisation classique mais efficace.
Cette année, mon coup de cœur fut une malle de voyage datant des années 1920 une véritable malle cabine oui une de celles qui semblent encore porter les souvenirs de traversées transatlantiques, de gares animées et de départs vers des horizons lointains elle sentait presque les paquebots ou plutôt le temps où l’on voyageait lentement le temps où l’on avait le temps.
Je la conserverai probablement dans son jus ses marques d’usage racontent davantage que n’importe quelle restauration certaines cicatrices embellissent les objets comme elles embellissent parfois les gens, elle raconte plus qu’une histoire, elle raconte un style de vie et une époque
Vichy, le coup de cœur inattendu
Et puis il y eut Vichy ! Ah, Vichy !
Je connaissais déjà cette ville mais elle continue de me séduire, me surprendre, m’enchanter presque..
L’Allier est une magnifique terre de chine une région discrète, parfois oubliée des grands itinéraires touristiques, mais qui réserve souvent de très belles surprises aux amateurs de brocante.
Je suis arrivée à l’aube, vers six heures quinze les exposants arrivaient juste … j’adore ces moments, il y flotte toujours une atmosphère particulière.. entre excitation et fatigue ..
Voir les objets sortir des camions, assister au déballage des déballages, observer les premières transactions de la journée c’est souvent là que tout se joue .. J’ai encore beaucoup marcher et je n’ai pourtant pas acheté énormément de choses.
Beaucoup de vintage, beaucoup de marchandises qui ne correspondent pas forcément à ma sensibilité je reconnais volontiers la tendance mais les tendances et moi entretenons parfois une relation compliquée.
Moi j’aime les objets qui racontent une histoire.
Les années 70 racontent souvent Pompidou, Giscard et les papiers peints orange cela ne provoque pas chez moi les mêmes émotions qu’un meuble du XIXe siècle ou qu’une belle pièce Art nouveau.
Des mon arrivée J’ai eu un gros coup de coeur ..J’ai longtemps hésité devant un superbe miroir Art déco Il cochait toutes les cases.
Malheureusement, Le brocanteur semblait davantage disposé à le conserver qu’à le vendre justifiant d’une boutique locale , le prix était le prix, la négociation inexistante et la motivation proche de zéro sur l’échelle de Richter.. quand l’échange n’est pas fluide c’est comme en amour il ne faut pas se forcer..
Un confrère est passé après moi même résultat.
Cela m’a rappelé une chose simple : on peut être brocanteur sans être commerçant les deux qualités ne sont pas toujours réunies c’est dommage, mais c’est une réalité de notre métier.
Heureusement, la journée s’est terminée sur une note beaucoup plus agréable grâce à Fabien, excellent professionnel et commerçant dans les règles de l’art, qui m’avait spécialement apporté un lot de quatre fauteuils fleuris absolument magnifiques je suis repartie heureuse et finalement, n’est-ce pas ce qui compte ?
Et maintenant, juin…
Ainsi s’est achevé ce mois de mai 2344 kilomètres parcourus, des réveils avant l’heures des boulangers et des chats, des cafés bus debout.. beaucoup de bonjour, beaucoup de c’est combien ? quelque ça peut faire ? des mercis !! des jambons beurre avec ou sans cornichons, 6 pack d’eau minérale avec et sans bulles… quelques jolies surprises , des retrouvailles avec des confrères sympas: » ha toi aussi tu es là ? à 6 heures du matin ..
Et quelques déceptions aussi, car elles font partie du voyage.
Le mois de juin? que me réserve-t-il ? comme toujours en brocante, il est impossible de le savoir.
Je vous raconterai, je file chiner.. à bientôt
Et c’est précisément pour cela que l’on continue.


