On lit de tout sur internet et sur Instagram, c’est même devenu un sport de compétition :
“Les antiquaires ? Des voleurs.” “Des marges à 400 %.”“Des millionnaires en barbotine.”
“Des marchands de rêve hors de prix.” et ma préférée : “Moi je chine sur Le Bon Coin, j’ai trouvé un vase galet à 20 € et une barbotine signée Massier à 150.”
(Alors là, chapeau. Moi, je veux bien votre algorithme.)
Bon remettons deux ou trois pendules à l’heure en douceur, ironie et un brin de bon sens terrien.
1. Un antiquaire, ce n’est pas un MAU.
Un quoi ? un MAU = un Meilleur Ami d’Emmaüs celui qui vous dit “Non mais t’as vu ce qu’on trouve chez Emmaüs ?” avec des étoiles dans les yeux et c’est vrai : parfois, on y trouve des choses des jolies. des inattendues des sentimentales.
Mais des pièces rares, signées, restaurées, expertisées, triées sur le volet ? pas tous les jours, hein.
Sinon on aurait tous une applique Art Nouveau dans la salle de bain et un tableau de Gustave Loiseau au-dessus du buffet.
2. Le brocanteur et l’antiquaire : cousins éloignés, pas jumeaux.
Le brocanteur vide des maisons découvre déstocke vend bref il croise de tout.
Du très beau mais aussi du très moyen du franchement très très moche.
Et parfois, oui, un vase Baccarat qui traînait dans un garage ou un tableau oublié dans un grenier mais ça, c’est l’exception, pas la règle.
Il travaille beaucoup, souvent seul, il charge, il décharge, il négocie dans la pluie, le froid, avec tonton René et ses 114 assiettes fleuries “quand même un peu anciennes”.
L’antiquaire, lui, sélectionne investit restaure expose bien sur souvent il met en scène et raconte. Il prend le risque de payer cher, de garder un an une pièce, de ne pas vendre.
Il a souvent un local, un site, un réseau d’experts connaît les signatures, les écoles, les périodes. Il ne fait pas que vendre, il transmet.
Alors non, c’est pas le même métier c’est complémentaire, mais c’est pas pareil.
3. Et Le Bon Coin dans tout ça ?
Ah… Le Bon Coin le fantasme du trésor pour 12 euros et une boîte de Quality Street.
J’y suis, moi aussi j’y ai des alertes, j’y ai laissé des heures de vie, j’ai cliqué, fouillé, filtré.
Et franchement ? je n’ai jamais trouvé de vase galet à 20 € je n’ai jamais trouvé de jolie barbotine signée Massier à 150 €.
Pas parce que ça n’existe pas mais parce que c’est devenu extrêmement rare parce que tout le monde cherche les mêmes choses, que les professionnels ont les mêmes alertes que vous, qu’il y a une guerre d’avance dans la chine.
Et parce que, soyons honnêtes, quand on trouve un galet signé ou une belle peinture sur Le Bon Coin, c’est rarement dans un état présentable.
Ou c’est une copie ou c’est déjà vendu à 6h03 du matin. Bienvenue en 2026
4. Non, les antiquaires ne volent personne.
Ils vendent avec une marge, oui une marge qui inclut les kilomètres, les heures, les erreurs, les restaurations, la mise en valeur, la connaissance, la patience, et les charges.
Ah oui, et parfois un café renversé sur le pull à 4h du matin en salle des ventes pas de magie, pas de miracle juste un métier.
5. Alors, c’est quoi le problème ?
Peut-être qu’on confond tout on compare une ressourcerie avec un stand à l’Isle-sur-la-Sorgue.
On met dans le même panier un fauteuil Louis XVI retaillé chez l’ébéniste et une chaise de salle des fêtes repeinte au pif mais soyons sérieux : est-ce qu’on compare un foie gras d’artisan avec un pâté en boîte premier prix ?
Non chacun son niveau, chacun son envie, chacun son budget mais chacun son métier.
6. Ce n’est pas une chasse au trésor permanente.
C’est un métier de rareté de recherche de curiosité et parfois, oui, de frustration.
Mais quand la pièce est là…quand elle est belle, juste, bien présentée, bien racontée…alors oui, elle a un prix.
Et ce prix, ce n’est pas juste celui de l’objet c’est celui du regard de celui ou celle qui l’a trouvé, identifié, valorisé.
Conclusion :
Si vous trouvez votre bonheur sur Le Bon Coin ou chez Emmaüs, bravo sincèrement mais si vous cherchez une pièce rare, restaurée, ancienne, avec une histoire…
Alors peut-être qu’un antiquaire, c’est justement ce qu’il vous faut et ce n’est pas de l’arnaque c’est du travail.
Et comme disait ma grand-mère :“Chacun son métier, et les vaches seront bien gardées.”




